Le défilé de la SOUVERAINETE

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« L’indépendance est un préalable. Elle n’est pas une fin en soi . Elle n’est pas un idéal en elle-même, mais pour ce qu’elle rend possible. » Disait Valdiodio Ndiaye, s’adressant à l’Afrique, face à De gaulle.

Oui ! Valdiodio, digne fils du Sénégal, voici 65 ans que nous sommes dans la transition, de l’indépendance à la SOUVERAINETE. Enfin, le Sénégal ose dire ‘’SOUVERAINETE’’ ! C’était le défilé de la rupture systémique. Quand j’ai vu tout d’un coup, les drapeaux des autres pays africains accompagner celui du Sénégal, le long du boulevard Mamadou Dia, j’ai guetté l’attitude des deux éléments du tandem au sommet de notre Etat. Ils étaient aux anges. Je me suis dit : « ça y est. Le panafricanisme n’est plus pour nous un simple slogan, il est devenu un crédo. »

Autre chose… Ah ! L’innovation révolutionnaire de cette année… Pape Faye, avec sa voix de stentor accompagnait la parade qui nous offrait le plaisir de voir notre splendide Sénégal dans son authenticité, sa diversité et son passé glorieux. Toutes nos félicitations pour les organisateurs de ce défilé historique. Mention spéciale au Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. J’ai particulièrement apprécié Madame le Ministre quand je l’ai vue, dans une vidéo, répondre à une délégation de la CEDEAO conduite par la plus féministe des Sénégalaise venue présenter un programme pour la femme et l’enfance. Son discours a claqué comme un fouet : « Nous avons un programme intitulé Sénégal 2050… » Je me suis rendu compte que, depuis lors, ils n’ont collé la paix. Cependant, ils sont en train  de se rattraper avec le ministère de l’Education Nationale et le ministère de la Famille et des solidarités. A ce niveau, le narratif occidental passe comme lettre à la poste : genre, égalité des sexes, éducation des filles (jamais des garçons) …

Ah ! La culture ! Domaine ne peut être plus transversal que la Culture. Tout y passe : l’histoire, nos rapports avec le cosmos, notre façon d’éduquer, de former nos familles, de distraire, de célébrer la vie, de vivre la mort … La Culture est pour un peuple, ce que le nez est sur un visage. C’est ce que l’on voit en premier et c’est par là qu’il respire. Elle s’exprime par divers canaux tels que le cinéma, le théâtre, la musique etc. L’un d’entre eux retient particulièrement mon attention : le Livre.

Quelle est la place du Livre dans tout ça ? Je n’ai pas pu m’empêcher de me poser la question de savoir ‘’Quelle est la contribution du Livre dans cette affirmation de notre souveraineté ?’’ Quel rôle joue notre littérature pour l’acquisition de notre souveraineté ? En d’autres termes, comment la littérature sénégalaise peut-elle atteindre la souveraineté éditoriale gage d’un développement d’une pensée véritablement émancipatrice ?

Anecdote :

En 2018, je venais de terminer la rédaction de mon premier roman Anthiou. (Peh de Géo)

J’ai déposé mon manuscrit dans certaines maisons d’édition qui n’ont même pas daigné me répondre. D’autres m’ont répondu avec, pour deux d’entre elles, une note de lecture tellement avantageuse que je ne pouvais plus résister à l’envie de publier ce livre. Mais après, ça retombait comme un soufflé.

Cela commençait par : « Roman captivant ! Beau portrait de la femme… une prose élégante et inventive. Une leçon de liberté et de choix de vie, et d’emprisonnement psychologique sous toutes ses formes. Et pour finir, comportant tout un programme de renaissance pour l’Afrique et une description très réaliste du rôle néfaste et sournois des ONGs occidentales, un grand danger à combattre ! »

Et ça se terminait par : « Ce livre ne cadre pas donc en partie avec notre objectif de conscientisation que nous nous sommes fixé !

Merci beaucoup pour votre confiance, bonne chance et félicitations à vous pour votre talent, vous n’aurez aucun mal à trouver une maison d’édition car cet ouvrage est d’une grande qualité et nous espérons vous revoir un jour, nous présentant un livre conforme à notre charte, car vous êtes un grand écrivain ! »

A bientôt.

Cher lecteur, il est important que vous sachiez pourquoi ce livre était rejeté partout. L’héroïne, Anthiou était à la base une femme victime de violence conjugale. La résilience que lui dictait sa culture, ce n’était vraiment pas sa tasse de thé. Elle choisit de se lancer dans une quête frénétique de la Liberté. Elle finit par se mettre sous l’aile protectrice des ONG occidentales qui l’ont transformée en héraut d’armes des femmes. De par son intelligence, son courage et es talents en leadership, elle réussit à fédérer toutes les voix féminines de son pays le SEGUIMA. Elle organisa une forme de grève inédite. Un puissant mouvement d’une originalité déconcertante qui finit par mettre à genou tout le pays. Rien ne marchait, tout était à l’arrêt. Les hommes étaient devenus pitoyables. Le Président de la République a même giflé un journaliste qui lui posait une question sur l’attitude de l’une des Premières Dames très féministe… Antrhiou avait la clé du paradis et celle de l’enfer. Elle était devenue Dieu sur terre…. Un jour, elle rencontra un homme d’une beauté divine ; grand, fort, la peau lisse, les dents aussi éclatantes que le soleil de midi… Elle le suivit… Passez à Bulgëm, son quartier, vous verrez Anthiou bien installée au sommet de la plus grande décharge publique de la ville. Elle vit là désormais, au faite de cette colline d’immondices faite des déchets de la société.

C’est cette chute du livre que l’on ne veut pas. Essayons de comprendre pourquoi.

En 1979, Mariama Ba a publié Une si longue lettre. On y trouve une femme qui est délaissée par son traitre de mari qui s’est tapé une demoiselle qui a l’âge de sa propre fille. Et sa souffrance psychologique et morale s’étale tout le long du récit. La polygamie est éplinguée et fustigée. Le gotha littéraire français s’en est emparé. Il l’on primé, commenté et distribué dans toute l’Afrique. La majeure partie des intellectuels africains, actuellement ont eu l’esprit formaté contre la polygamie à partir des explications de texte portant sur ce fameux roman bien écrit du reste. La grande romancière a pourtant publié un autre livre, un excellent roman qui pose la problématique du mariage mixte. Mais il n’intéresse personne parce que la France l’a ignoré. Au même moment la talentueuse Aminata Sow Fall a manqué le Goncourt pour avoir refusé de modifier son texte à la guise des sensations occidentales. La grève des battu, Le revenant, l’Appel des arènes (qui a été présélectionné pour le Goncourt de 1997), autant de chefs d’œufs oubliés parce que n’ayant pas reçu l’onction de la critique française. « La vérité sonne encore blanche. »  Disait Cheikh Anta Diop. On continue à enseigner le féminisme à nos enfants à partir d’un support littéraire ; « Une si longue lettre. »

Quand Anthiou a été nominé parmi les trois meilleurs romans au FILID 2022, c’était beaucoup. Je m’en réjouis et remercie infiniment les membres du jury. Mais je sais que pour le moment, des œuvres comme Anthiou, c’est comme Batouala au 20e siècle qui, bien qu’ayant reçu le Goncourt  a valu à son auteur les déboires que l’on connait.

Le livre de Mbougar Sarr qui a gagné le Goncourt, qui nous l’a fait connaitre ? Qui nous a dit que c’est une belle œuvre ? La propagande française.

 Avant qu’il ne soit sur les rayons de nos librairies, en s’en enorgueillissait parce le tubaab l’a consacré, même si  la campagne promotionnelle sous-jacente heurte nos convictions. Tout ce qui ne cadre pas avec la vision occidentale du monde est considéré par nous-mêmes comme des préjugés ringards ou des tabous plombants.

Les choix éditoriaux nous sont encore dictés subtilement par l’Occident en fonction de leurs propres schèmes. Ceux qui, en Afrique, ont repoussé l’œuvre en considération de l’arrière-pensée idéologique qui l’accompagnait ont été traités d’ignares ou de demeurés. Normal puisque la vérité qui compte est celle du ‘’blanc’’. Où est notre souveraineté de pensée ?

Il est triste de constater qu’aujourd’hui, nous jugeons nos propres œuvres en fonction de critères fixés par les Occidentaux conformément à leur vision du monde.

Alors, où est notre souveraineté au niveau de l’écriture ? Pourquoi ne pouvons-nous pas revendiquer notre souveraineté éditoriale qui nous permettra d’orienter nos plumes vers des créations littéraires qui vont dans le sens de nos préoccupations culturelles, idéologiques etc ?

Le Jub Jubal Jubbanti mérite d’être accompagné par la littérature. Elle jouera alors son rôle historique d’avant-garde pour décaper les intelligences, reformater les esprits, former un  nouveau Sénégalais patriote, bien instruit, doté de compétences sures, droit et fidèle à ses valeurs de civilisation. N’oublions pas que la littérature est un puissant levier, un outil puissant qui influence la manière dont nous percevons et interagissons avec le monde. Elle a le pouvoir de transformer les sociétés en inspirant le changement, en éduquant les masses et en préservant les cultures. Elle peut construire autant qu’elle peut détruire, couronner des rois ou destituer des princes. On se rappelle le rôle que Victor Hugo a joué dans la chute du Napoléon Bonaparte avec son livre ‘’ Le petit Napoléon‘’. Le poète soviétique Maïakovski faisait porter un ‘’pantalon aux nuages’’ pour accompagner la Révolution bolchévique. Du Contrat social de J. J. Rousseau et De l’esprit des lois de Montesquieu inspirent largement la marche actuelle du monde. Qui a plus travaillé pour l’idéologie féministe que Simone de Beauvoir avec son titre Le deuxième sexe ? Et Mein Kampf ce livre qui a préparé et légitimé dans bien des esprits l’extermination des Juifs ! De même, il est notable et parfaitement incontestable que le livre SOLUTIONS de Ousmane Sonko a joué un rôle essentiel et déterminant dans l’éveil des consciences africaines en général, sénégalaises en particulier. LE LIVRE EST PUISSANT. Il est bon que l’on intègre très bien cette réalité.

Tenez ! Si l’on me demandait quels sont les deux livres qui ont plus impacté l’évolution intellectuelle des Africains, je répondrais sans aucune hésitation : Nations nègres et culture de Cheikh Anta Diop et Une si longue lettre de Mariama Bâ. Le premier a rendu aux Africains leur dignité et leur fierté, l’autre a présenté notre société comme arriérée, nos pratiques sociétales à bannir, le socle sur lequel reposait l’équilibre de notre société à jeter dans les ordures de l’histoire. L’un a magnifié l’homme noir et son génie de premier créateur de civilisation, l’autre présente aux yeux du monde (occidental) une Afrique minable avec des femmes vulnérables face à des prédateurs masculins à surveiller. Une si longue lettre a subrepticement préparé des générations et des générations d’Africains à accepter les suggestions persistantes et insistantes des Occidentaux qui vont dans le sens de l’anéantissement du patriarcat et le règne ‘’de la puissance féminine’’.

Face à l’importance du Livre et le rôle qu’il peut jouer dans notre Révolution qui en est à ses premiers balbutiements, que doit faire l’Etat du Sénégal pour créer un environnement nécessaire à l’éclosion d’une véritable littérature souverainiste car orientée vers une souveraineté éditoriale qui pourrait libérer les esprits et encourager une production littéraire de qualité qui ne soit pas assujettie aux desiderata de la littérature dite française ?

 L’Afrique doit avoir ses propres critères pour juger les œuvres de ses auteurs tant dans le fond que sur la forme ? Ce n’est pas facile. Aucune maison d’édition n’ose franchir le pas « accepter d’opérer la rupture.

C’est là que l’Etat doit intervenir pour mener une politique incitative comme le font les Occidentaux. Encourager la production de livres de qualité et accompagner de façon décisive ceux qui écrivent dans le sens de la valorisation de notre culture.

Si les Occidentaux, peuplent l’Afrique de leurs centres culturels et se mettent à organiser systématiquement des concours, notamment littéraires, c’est bien pour nous imprimer dans le subconscient leur propre culture. A la longue, nous finissons par épouser les causes qu’ils épousent et rejetons ce qu’ils détestent.

De notre gouvernement de Jub Jubal Jubbanti pour l’avènement duquel, nous avons tous lutté  (Voir les publications de Mbegaan Koddu, les articles très engagés de Boubacar Boris Diop durant la crise), nous attendons une politique du Livre agissante et révolutionnaire qui permette d’une part de posséder ce puissant levier culturel et d’autre part de soutenir efficacement la chaine du Livre en tant  qu’industrie culturelle au niveau du Livre. Les entreprises qui œuvrent dans le domaine littéraire génèrent des emplois directs et des emplois indirects à préserver.

Mbegaan Koddu

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