Attention aux déguerpissements tous azimuts. Ceux que vous jetez dans la rue, dans un dénouement total sont ceux qui vous ont élus avec détermination et sacrifices multiples. En attendant que les pôles régionaux fonctionnent à plein régime pour avoir une capacité d’absorption suffisante de la main d’œuvre locale, que faire ?
Monsieur le ministre de l’intérieur, dès que nommé, pour montrer votre carrure et votre poigne, vous vous en êtes pris à la frange la plus faible de la société, la plus immédiatement vulnérable, les mendiants, indigents du pays et les malheureux réfugiés qui ont fui la misère de quelques pays voisins victimes du terrorisme organisé par qui l’on sait. Beaucoup de gens, même de belles âmes avaient alors applaudi à l’idée que la ville de Dakar serait débarrassée de ses miséreux, ses loques humaines, ses gueux quémandeurs.
Personnellement, j’étais déçu et tristement atteint. C’est comme si, monsieur le ministre, brillant avocat, l’histoire ne vous a rien appris. Je vous rappelle que e gouvernement de Léopold Sédar Senghor a initié des opérations de déguerpissement des mendiants et personnes sans abri des rues de Dakar dès le début des années 1960. Une des premières et des plus notables campagnes de ce type, visant à « assainir » la capitale, a été particulièrement active vers 1962-1963. Et puis s’en sont suivis d’autres, à chaque fois que l’on recevait un hôte de marque. Il fallait cacher la face hideuse de notre capitale aux nobles visiteurs qui pourtant, ont laissé tous, des gueux et des clochards dans leurs villes avant d’arriver chez nous. Le Président Abdoulaye Wade aussi s’est mis au jeu. Celui qui a remporté la palme dans ce domaine, c’est bien Macky Sall qui avait la faiblesse de céder à la pression des ONG étrangères relayées par des organisations locales luttant prétendument pour les droits de l’homme. En plus des mendiants, des centaines d’enfants ont été capturés et gardés dans des lieux suspects à la merci de pédophiles en rut. Les squatteurs de rue publique sont toujours revenus.
Moi qui pensais qu’avec un gouvernement de JUB JUBAL JUBBANTI, on aurait droit à une politique inclusive prenant en charge les composantes les plus vulnérables de notre société, que ne fut ma désillusion quand j’ai vu à la télé le ministre, bombant le torse parce que se sachant bien entouré par des agents de sécurité et des laudateurs, tenir un discours martial envers ces pauvres gens forcés à devenir des loques errantes.
Pourtant, Monsieur le ministre, vous aviez mieux à faire. Il vous aurait suffi de vous déguiser, d’emprunter un véhicule de transport en commun pour traverser la banlieue dakaroise. Vous auriez compris que l’insécurité vient moins des gens sans défense que de gens bien protégés par le système.
Monsieur le ministre, qui vous a mis dans ça ? N’avez-vous pas lu La grève des bàttu de Aminata Sow Fall et Xala de Ousmane Sembène ? Avez-vous oublié la fin tragique de ceux qui traitaient ces occupants illégaux de la voie publique de déchets humains ?
Tenez-vous à nettoyer la ville au prix de milliers de vies brisées, de maisons sans popote quotidienne, d
‘enfants sans alimentation ni fréquentation scolaire, de couples éclatés, d’esprits tourmentés, de locataires déguerpis ? Tout cela pour embellir Dakar ? Vous aggravez la précarité de la situation de ces débrouillards, des góorgórlu que le désœuvrement et le manque de revenus ont chassés de leurs villages. Est-ce une politique sociale et solidaire ?
Ceux qui disent Dakar ! Dakar ! C’est pour vous Dakar ? D’où venez-vous ? Nous sommes tous venus de l’intérieur du pays à part les lebu d’origine. Donc, il n’y a nulle préséance pour qui que ce soit, même pas pour le ministre de l’intérieur.
Certains prennent des exemples sur des villes comme Rabat, Kigali … Savez-vous comment ces pays en sont venus à ce niveau ? Sommes-nous prêts, nous Sénégalais râleurs par excellence, à endurer les sacrifices que les populations de ces pays ont consentis ? Sommes-nous prêts à être gouvernés par un monarque ou par un autocrate, un despote ?
Monsieur le Ministre de l’intérieur, en privant de leur gagne-pain toute cette population de vaillants travailleurs au meilleur de leur force physique, mais ayant un mental vacillant, vous serez responsable des conséquences dangereuses qui pourraient en découler … « A hungry mob is an angry mob » (Une foule affamée est une foule en colère) Chantait Bob Marley. Et n’oubliez pas que la chanson avait commencé par » Them belly full but we hungry » (Leurs ventres sont pleins mais nous, nous avons faim).
Nous savons tous que le gouvernement du Premier Ministre Ousmane Sonko qui a conclu un pacte avec le peuple sénégalais est en train de travailler dans des conditions d’une autonomie financière très contraignantes. Cela le peuple l’a bien compris et fait preuve de compréhension à bien des niveaux. Mais des milliers de pères de famille qui se tirent lourdement du lit, traînent dans les rues, ne sachant où trouver de quoi réchauffer le ventre de leurs enfants, c’est très dur, c’est très dangereux.
Toi qui assures les trois repas du jour, fait le plein de carburant dans ta grosse bagnole, toi dont les enfants sont inscrits dans des écoles prestigieuses, toi qui te fais hospitaliser pour un simple rhume si tu ne te fais pas évacuer en Europe, toi qui aimes les rues propres et soignées où tu promènes peut-être ton chien en laisse, méfies-toi de cette personne qui a les mêmes droits et les mêmes que toi, ce citoyen à qui on a interdit de travailler pour gagner de l’argent à la sueur de son front, simplement parce que tu dois prendre tes aises.
A bon entendeur … Ne révoltons pas le peuple.
Mbegaan Koddu
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