FESTIVAL INTERNATIONAL DE LITTERATURE DE DAKAR


















































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Cher lecteur, pardonnez mon petit défaut de ne pouvoir faire de brefs comptes rendus. Je suis trop porté sur les minutes de greffe agrémentées d’anecdotes, d’errance et même de petites piques doucereuses. Voyez ! J’adore le voyage en train. Avec le serpent des rails, on traine, on observe de la fenêtre, entre deux bribes de causerie, les arbres qui défilent, les oiseaux qui planent en sociétés organisées, les villages tranquilles aux habitants qui se prélassent à l’ombre des arbres, ou alors on se balade dans les wagons pour capter des pans entiers de causeries bruyantes aux rires détonants, de sonorité. Tenez ! Ces altercations bruyantes qui finissent par des conciliables autour d’un menu partagé, n’est-ce pas plaisant ? Et puis, j’adore parfois somnoler en étant bercé par le son sourd et métallique des ressacs de la locomotive et que brusquement, je me réveille en entendant le sifflement du train qui entre en gare.
Ah ! Que le train est différent des véhicules qui vont vite en vous serrant à l’étouffement, dans des habitacles constricteurs …
Alain le philosophe, se demandait d’ailleurs pourquoi les TGV ‘’, si à l’arrivée, on se met à la terrasse d’un café pour tuer le temps ?’’ Cher lecteur, allons au rythme du train si votre temps vous le permet, je vais vous conter le FILID de 2026.
Ensemble nous humerons les effluves odorantes et capiteuses de la végétation qui fuit notre regard et entendrons aux travers des sifflements du train, les gazouillis des oiseaux, les uns apeurés par la machine, les autres plutôt amusés par elle.
Bon ! Le FILID 2026. A SEGUIMA, nous étions habitués à vivre les préparations lointaines et immédiates, au jour le jour, d’un FILID à un autre : le liant était Mamadou Caster Camara, paix à son âme. Cette année, nous avons reçu l’invitation au moment où nous étions pleinement engagés dans un autre agenda. Ça nous est donc tombé comme une tuile sur la tête. Ainsi, je le regrette fort, je n’ai pu participer qu’à une seule journée. Mais quelle était belle, celle-là !
Nous étions à la Librairie Plumes du Monde. Ah ! Des locaux comme ça, j’en rêve pour SEGUIMA. Je ne sais pas pourquoi, en y entrant, mon esprit était rivé sur les Salons littéraires des 17e et 18e siècles comme celui de Geneviève Straus (Comtesse Geneviève Halévy) où l’on pouvait rencontrer Proust, Anatole France et autres. Un bel achalandage de livres divers, une cour joyeuse où deviser sur les belles lettres et un bar-café pour la détente des férus de lecture. On se plait à Plumes du Monde.
Abdoulaye Fodé Ndionne est l’initiateur du FILID qu’il porte sur les épaules comme un Prométhée apportant le feu sacré de la connaissance à ce parterre d’hommes et de femmes de lettres venus du Bénin, du Cameroun, du Canada, du Congo, de Côte d’Ivoire, d’Espagne, de France, de Luxembourg, de la Mauritanie, du Maroc, du Sénégal et du Togo … Pour une initiative privée, qui peut faire mieux ? Et, observant Fodé par de rapides coups d’œil, j’ai senti combien l’homme était bien dans son être en voyant des penseurs de trois continents s’enlacer dans un grand élan d’altérité et d’empathie. Il dégageait le bonheur d’avoir tout ce monde chez lui à Dakar et de les voir communier, partager et se faire des tapes amicales. Abdoulaye Fodé Ndionne, c’est un bon chef de famille. Il n’est jamais dans la gesticulation et son Moi se terre, coi, dans sa cage d’humilité pendant qu’il commerce avec ses pairs. Son bonheur, c’est de voir tout le monde bon allant, bien servi en repas copieux, bien logé et se déplaçant dans des transports confortables. On le voit sourire, allant et venant, à la tête d’une équipe dynamique constituée entre autres du sémillant Moustapha Dieng, poète et journaliste, de la truculente Salamata Ousmane Diallo, journaliste culturelle, du très passionné Boubacar Korjo Ndiaye, journaliste éditeur, sous la houlette du poète, nouvelliste et agent culturel Pape Michel Mendy, entre chrétien et baayfaal, un bon produit des Vendredis du Livre…
Le leadership de Fodé, c’est celui du lion qui va en guerre chez La Fontaine. Il met tout le monde à contribution et au lieu de se mettre devant ou derrière, il se fond dans la masse tout en conduisant la chose adroitement et discrètement. Un homme bon comme je le disais de notre ami commun rappelé à Dieu en Juin dernier, qu’Allah ait pitié de son âme.
Programmé pour le second panel du jour, j’ai assisté au premier aussi, ce 20 Mai 2026. « L’écriture comme espace de réparation. » Avec la modération de la Mère supérieure des lettres sénégalaises, André Marie Diagne, Fatimata Diallo Bâ, Mbareck Beyrouck, Moustapha Ndéné Ndiaye, Awando Calixta Nga et Agnesan Alain Serge nous ont régalés avec une Fatimata très en verve, parfaitement à l’aise dans un français et un accent de Parisienne sortie fièrement de la Sorbonne. Je dois dire que les desiderata de la littérature, ça la connait. Chapeau bas. Evidemment, comme d’habitude, elle a prêché pour sa chapelle, le féminisme. N’ayant pas pu intervenir dans le débat (la liste des intervenants était longue), j’ai profité de notre panel pour faire digression et opposer à son point de vue celui d’autres femmes africaines, des intellectuelles qui considèrent que la femme doit rester non pas à côté de son mari dans un rapport d’égalité, mais derrière lui dans une logique d’accompagnement et de complémentarité harmonieuse. A SEGUIMA, nous appelons cela le femminisme. En français, le vocable générique qui désigne la personne de sexe féminin s’écrit femme avec deux ‘’m’’. Au même moment, féministe s’écrit avec un seul ‘’m’’. Ce qui veut dire qu’entre ‘’femme’’ et ‘’féministe’’, nos braves dames perdent un ‘’m’’. Ne sont-elles pas ainsi privées d’un élément majeur de leur femminité ? A SEGUIMA, nous leur rendons leur ‘’m’’en créant le mot ‘’femministe’’ qui s’écrit avec deux ‘’m’’. Dans notre prochain ouvrage, in sha Allah, nous tenterons de faire quelques développements sur le sujet.
Pour rester sur le registre du néologisme, signalons que je n’étais pas le premier à tordre le coup au français pour lui faire dire ce que nous voulons qu’il dise. Jean Claude Awono avait déjà proposé le terme ‘’parolitéraire’’, pour désigner cette palabre bien africaine qui, au-delà du livre qui n’est que prétexte, inscrit la parole au cœur de l’évènement. Je suis tout à fait d’accord avec lui de même que j’approuve le néologisme d’un autre Camerounais, le professeur Assana Brahim qui a mis en route le mot ’’écrivaintologie’’ qui, dit-on, consacre l’œuvre, derrière laquelle disparait son auteur. Pour ou contre, ce qui est intéressant ici, c’est l’expression de la sourde révolte des Africains qui s’insurgent contre une langue qui s’est imposée à nous mais qui ne réussit pas à dire notre africanité dans son authenticité. Senghor, en tant qu’académicien était parvenu à introduire dans le dictionnaire français des mots comme : primature, essencerie, dibiterie … Nous autres usagers de la langue française pour laquelle nous avons beaucoup cotisé, avons notre mot à dire et nous tenons à le dire comme nous entendons le dire.
Deux mots sur notre thématique : « L’intelligence artificielle ; la place de la création originelle. » Assalama Amoi, Serge Basso, Roger Kpeteka et moi-même avec la modération du très courtois Serge Grah, avons bien ‘’parolitéré’’, rageusement contre l’Intelligence artificielle. On s’est acharnés sur elle avec hargne, lui reprochant ce que nous reprochions au numérique il y a quelques années : elle tue la création et anéantit la production. L’IA est un mal qui est venu à nous, à notre insu. Comment le soigner ? En cherchant un remède au mal, nous sommes retournés à la source du mal où l’on trouve tout remède car, même pour mesurer la part d’IA dans un document, on recourt à cette même IA. On soigne donc le mal IA par le remède IA.
Dans les Lettres persanes de Montesquieu, RHÉDI, s’adressant à USBEK, écrit : « … depuis l’invention de la poudre, il n’y a plus de places imprenables… » Il parlerait aujourd’hui de l’Intelligence artificielle bien disposée à ravir sa place à notre intelligence d’humains. On se réveille avec l’IA et on se couche avec elle. Le drame est que, malgré les avantages extraordinaires qu’elle nous offre, elle échappe à son créateur et se retourne contre nous tous. Les panélistes et intervenants venus d’Europe ou d’Amérique ont eu la même préoccupation que nous Africains, face à l’envahissement des créations, œuvres de l’intelligence artificielle.
Qui sont ceux qui détiennent les données dans lesquelles on puise pour générer la production par l’IA ? Qui gèrent les Data center ? Quels intérêts en tirent-ils ? Quelle est la place de l’Afrique dans la création des logiciels qui font l’IA ? Les Africains y ont-ils prise ? Notre souveraineté, là aussi, est-elle en jeu ? En tout cas, celui qui ne crée ni ne produit, finit par consommer ce qu’il reçoit avec la masse des conséquences inhérentes à l’absorption des produits matériels ou immatériels importés… Ce sujet-là ! Tout un programme …
Au bout, le FILID a été, cette année encore, l’occasion et le réceptacle d’idées majeures et de communion entre le 19 et le 22 Mai. A l’année prochaine, in sha Allah, pour le FILID 6.
Waly Ndour
Directeur des Editions SEGUIMA
PS 1 : La publication de l’article a pris du retard du fait de l’actualité sénégalaise un peu trop fournie.
PS 2 : Nous avons publié les photos que nous avons reçues de Pape Michel Mendy, de Boubacar Korjo Ndiaye et du photographe Mama Moussa. D’autres publications feront apparaître d’autres festivaliers, si ce n’est déjà fait.